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Le 09/02/2012 - 11:15

« Chim’ » un joueur à contre courant…

Révélation de ce début de saison, Stéphane Chmielinski a un profil atypique dans l’effectif rouge et blanc. Electricien de formation, il travaillait encore à plein temps la saison dernière. Rencontre avec un joueur à la progression éclair.

Peux-tu nous raconter ton parcours si particulier ?
J’ai commencé le football à Favergues un petit club à côté d’Annecy, avant de rejoindre en 13 ans Annecy-le-Vieux, le club formateur de la ville. C’est en -15 ans que je rejoins le centre de formation de Louhans-Cuiseaux. J’y suis resté quatre ans, malheureusement cela correspond avec la période de déclin du club. Après cette expérience, j’ai donc décidé de mettre le foot entre parenthèses et de revenir vers chez moi à côté d’Annecy. J’ai signé au club de Lac Bleu en PHR (NDLR : équivalent de la DHR dans notre région). Même si je faisais assez facilement la différence, dans ma tête j’avais quasiment tourné la page avec le foot dans le sens où évoluer à 20 ans en PHR laisse peu d’espoirs pour arriver un jour au haut niveau. J’ai donc entrepris une formation en électricité et comme une semaine sur trois j’étais à Chambéry pour ma formation,  j’avais demandé à l’entraîneur de Chambéry si je pouvais m’entraîner avec eux. Le club était en CFA2 et je me sentais au niveau par rapport aux autres joueurs à l’entraînement. A la fin de la saison, le coach m’a proposé de m’engager avec eux pour la saison 2009-10 à venir et j’ai accepté. Je travaillais en électricité dans le bâtiment à Annecy et je m’entraînais trois fois par semaine à Chambéry. J’ai fait une saison en demi-teinte, après avoir bien commencé je me suis blessé à la cheville avec arrachement des ligaments. Je suis revenu difficilement  deux mois après, mais j’ai bien fini la saison. On a  terminé cinquième alors que l’objectif était la montée. La direction du club a décidé de prendre comme entraîneur David Guion. Et là, on a vécu une année de fou…  à tous les niveaux pour moi. Je partais le matin à 6h45 de la maison pour rentrer à 21h45 le soir. On a fait une très grosse préparation et on s’entraînait quatre fois par semaine. Le samedi pour certains déplacements on partait à 6h du mat’ pour revenir dans la nuit vers 2h. Je n’avais que le dimanche pour me reposer, je vivais sur les nerfs. Mais je ne regrette rien, le coach me faisait confiance et a su exploiter mes qualités. Je jouais sans pression et je me suis senti franchir les paliers. On a été champion de notre groupe de CFA2 tout en allant en ¼ de finale de la Coupe de France en éliminant Monaco, Brest et Sochaux. Après cette saison extraordinaire, je serai resté à Chambéry si le club n’avait pas eu des problèmes financiers et avait pu monter en CFA. Comme ce n’a pas été le cas, j’ai écouté les sollicitations de Bayonne et aussi David Guion qui était allé à Cannes. On a été en contact tout le mois d’août et à la fin j’ai décidé de m’engager.

 

"Je partais le matin à 6h45 de la maison pour rentrer à 21h45 le soir"


Qu'as-tu ressenti quand du jour au lendemain ta vie a "tourné" pour devenir joueur de football à plein temps ?
Je me souviendrai toujours quand je suis arrivé à Cannes, que j’ai découvert les infrastructures et l’endroit où j’allais vivre. C’était top ! Je sortais de trois jours d’essai à Bayonne où les choses n’étaient pas vraiment différentes de Chambéry. Ici tout est pro. J’ai été très bien accueilli par les dirigeants et le staff, je suis vraiment heureux d’avoir atterri à Cannes. Au début, il y a des moments où je m’ennuyais, j’avais même réfléchi à trouver un boulot à côté. Cela peut paraître fou, mais je passais d’une année où j’étais occupé de 7h du matin à 22h non stop à un rythme de vie où l’on s’entraînait une à deux fois certains jours. Mais je vous rassure, je m’y suis fait rapidement (rires) et pour rien au monde maintenant je retournerai « trimer » comme l’année dernière.


Aujourd’hui te sens-tu dans la peau d’un joueur « professionnel » ?
Oui je suis clairement dans cet état d’esprit. J’ai encore plus envie de réussir, je réalise pleinement la chance que j’ai de gagner ma vie en jouant au foot. D’ailleurs parfois je suis étonné par certains qui se plaignent sur des détails qui ne vont pas, alors que l’année dernière je bossais 40 heures pour 1400€ et j’allais jouer au foot pour le plaisir.


Justement qu’est ce qui t’a le plus étonné depuis que tu n’as qu’à penser football ?
Cela va peut être paraître bête, mais ce qui m’a vraiment surpris au début, c’est de venir m’entraîner sans sac de sport (rires). Depuis tout jeune je prenais toujours mon sac pour aller à l’entraînement, mais là tes affaires sont prêtes quand tu arrives et une fois la séance terminée tu as juste à jeter tes équipements sales dans une panière. C’est ça le haut niveau (rires).

 

" ce qui m’a vraiment surpris au début, c’est de venir m’entraîner sans sac de sport (rires)"


Quelles valeurs as-tu gardé de ton expérience dans le monde du travail « classique » ?
Le fait de rester humble et de toujours donner le meilleur de soi avec le respect des personnes qui t’emploient. J’avais la chance de travailler avec mon meilleur pote dans l’entreprise de son père, il y avait donc une bonne ambiance, on n’allait pas travailler à reculons… mais il fallait quand même faire le boulot et parfois c’était 8h non stop de marteau-piqueur.


En étant extérieur au milieu du football, le trouves-tu aussi fermé et impitoyable que ce qu’il est souvent décrit ?
Je vois que c’est difficile dans le sens où il faut toujours être performant, c’est une autre forme de pression. Mais au bout d’1/2 saison c’est difficile pour moi de voir les mauvais côtés, je suis encore dans la découverte, même si je garde un mauvais souvenir de Louhans-Cuiseaux où j’avais fait un match avec l’équipe première en National à 18 ans, mais je n’avais pas été repris à cause d’une histoire de prime dont m’a parlé le coach alors que je n’avais rien à voir. J’ai conscience qu’il y a parfois d’autres facteurs qui jouent dans la réussite que simplement la qualité d’un joueur.


Comment juges-tu la première partie de la saison ?
Sur un plan individuel, je dirai plutôt positif dans l’ensemble. En plus, j’ai marqué cinq buts à un niveau que je découvre, mais on peut toujours faire mieux. Il faut que je travaille encore sur un plan technique, notamment mes prises de balle. Sur un plan collectif,  la première partie de saison a été compliquée. J’ai senti pas mal de frustration par rapport au fait que les joueurs étaient là pour relever un challenge de monter en Ligue2. C’est tout à fait compréhensible, même moi qui arrivait de l’extérieur cet épisode m’a touché. Ensuite, on a eu du mal à jouer en équipe, d’avoir un vrai bloc. Je pense que c’est  du au fait que l’on ne pouvait jamais jouer avec la même équipe chaque semaine en raison des homologations de contrat, suspensions et blessures. C’est cela qui donnait notre sentiment de fragilité. Pour pouvoir bien défendre, il faut des automatismes et ils s’acquièrent avec le temps. Il y a du mieux ces dernières semaines et on peut être optimiste pour la suite. Le coach a tout l’effectif à disposition maintenant et il nous amène au quotidien à travailler notre rigueur dans le jeu. Cela va être très dur de revenir sur Uzès, mais tant que mathématiquement c’est possible…


Avec le report du match de Marignane au mercredi 22 février, vous allez jouer trois fois à l’extérieur en une semaine. Comment appréhendes-tu cette série ?
Je préfère jouer que m’entraîner, donc c’est positif. Même si trois déplacements à gérer en une semaine, ce ne sera pas simple. Par contre je pense que l’on a deux atouts avec la profondeur de notre effectif et le fait que tous les joueurs sont à disposition du coach contrairement à certains clubs amateurs où les joueurs travaillent. La fatigue va commencer à se faire sentir avec l’accumulation des matchs rapprochés, à nous de grappiller des points. Cette série de trois rencontres va être décisive dans un sens ou dans l’autre. Si on arrive à faire trois victoires sur ces trois déplacements, on pourra y croire plus que jamais.


Tu as joué à différents postes sur le front de l’attaque, dans lequel te sens-tu le plus à l’aise ?
Sans aucun doute à celui de milieu offensif droit, c’est là où j’ai mes repères, où je me sens le plus utile pour l’équipe. J’aime bien aussi en fin de match me retrouver en pointe de l’attaque pour exploiter les ballons en profondeur quand les défenseurs sont fatigués.

 

"au niveau mentalité cela me change du monde amateur"

 

Tu es l'un des joueurs les plus réservés de l'effectif, penses tu que tu dois gagner en leadership ?
Il faut tous types de caractère dans un groupe et je sais que ce n’est pas dans ma nature d’être un leader. Par contre, c’est sûr qu’il faut que je m’ouvre plus, mais ça va venir avec le temps. Après tout est une question d’adaptation aussi, au niveau du climat cela n’a pas été trop difficile, mais au niveau mentalité cela me change du monde amateur. Il y a un peu moins de partage, contrairement à ce que j’ai connu où les gars étaient là pour le plaisir… dans le monde pro, c’est avant tout un boulot avec tout ce que cela comporte comme obligations.


Très peu de monde t'appellent par ton prénom, en fait tu es plus connu sous le surnom/diminutif  « Chim’ ». D'où cela te vient-il ?
En fait cela me suit depuis Louhans-Cuiseaux. Lorsque je suis arrivé là-bas, mon grand frère quittait le club et les anciens m’ont donné son surnom : « Chim’ ». En arrivant à Chambéry, un joueur de Louhans a signé en même temps que moi et a apporté mon surnom dans les valises. Ensuite c’est David Guion qui s’en est chargé à Cannes en venant de Chambéry. Pour être honnête, ça me fait bizarre quand on m’appelle Stéphane. D’ailleurs c’est François (Lemasson) qui se charge de reprendre tous ceux qui m’appellent Stéphane (rires).


Comment envisages-tu la suite de ta carrière ?
Je la prends au jour le jour dans le sens où cela peut aller très vite dans les deux sens. Je suis sur la pente ascendante, mais j’ai conscience qu’une blessure ou un autre facteur peut enrayer ma progression. Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que je vis ma passion et que je suis très heureux ici.


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