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Benoît Leroy : "Je fais partie des privilégiés !"
Tu étais au centre de formation dans les années fastes de la formation auxerroise où tu as même gagné la coupe Gambardella à deux reprises avec l’AJA. Quels souvenirs gardes-tu de cette époque ?
Forcément de très bons puisque j’ai eu la chance de gagner la coupe Gambardella à deux reprises. La première fois avec la génération 1981 où il y avait entre autres Djibril Cissé ou Lionel Mathis, et avec la génération 1982 l’année suivante avec Philippe Mexès. Je suis arrivé à Auxerre à l’âge de 15 ans et j’y suis resté sept ans, mais ce sont ces premières années qui m’ont marquées. A cet âge, on est encore dans l’inconscience, on joue entre potes sans avoir la pression de la concurrence du haut niveau. Dès que l’on côtoie le professionnalisme, automatiquement se met en place une individualisation du comportement où les joueurs pensent à eux et à leur carrière. Même si l’on peut garder la notion de plaisir, il s’agit avant tout d’un métier.
N’est-ce pas trop dur d’être déraciné si jeune ?
Pour ma part, les choses se sont faites progressivement dans le sens où j’ai intégré le sport-études à Châteauroux à 14 ans en internat. J’y étais la semaine et je rentrais chez moi le week-end. C’était un bon compromis pour ne pas couper le cordon brutalement. Lorsque j’ai été repéré par Auxerre lors des coupes nationales en fin de saison je n’ai pas trop appréhendé le départ, c’était comme une continuité. Et puis j’avais la chance d’intégrer le meilleur centre de formation de l’époque. Mais je me suis rendu compte plusieurs années après que ce meilleur centre de formation avait des conséquences pour la plupart de ceux qui l’intégrait.
Qu’est ce que tu veux dire par là ?
Ce que je veux dire, c’est que derrière cette étiquette de meilleur club formateur français de l’époque, il y avait une véritable usine à formation. Chaque année à l’âge de 15 ans, il y avait une dizaine de joueurs qui intégraient le centre de formation. Au bout de la chaîne un, deux ou trois maximum signaient professionnel et intégraient le groupe pro sans avoir la certitude de jouer en Ligue 1 avec l’équipe première. En fait, Guy Roux faisait signer un contrat pro à quelques joueurs pour encadrer les jeunes en équipe réserve. Les gars avaient un contrat pro, s’entraînaient la plupart du temps avec le groupe professionnel, mais ils ne faisaient pas partie de la vie de l’équipe. On n’avait même pas le droit de se changer dans le vestiaire avec les autres, on avait un autre petit vestiaire à côté à notre disposition. C’était une ambiance très particulière.
Et comment était Guy Roux ?
C’est une personne qui ne laisse rien au hasard. Le week-end il allait voir les matchs de toutes les équipes des 15 ans jusqu’à l’équipe réserve. Il passait son temps sur les terrains. C’est aussi pour ça qu’il n’hésitait pas à lancer des jeunes, il les connaissait tous par cœur. Il avait pu voir l’évolution de chacun d’entre nous et avait un œil très aiguisé. A côté de cela, comme je l’expliquais il n’y avait pas de sentiments dans le mode de fonctionnement du centre. Pour faire un clin d’œil au sponsor emblématique du club et entreprise du président Bourgoin, on peut dire que l’AJ Auxerre était un élevage de jeunes talents (rires).
Malgré le fait que tu ais signé pro dans ce club reconnu pour sa formation tu n’as jamais joué en Ligue 1, est-ce un regret à ce jour ?
Si c’était à refaire…. C’est l’éternelle question. Je peux d’autant plus me la poser qu’à l’époque où j’ai signé à Auxerre, j’avais le choix puisque j’étais courtisé par de nombreux clubs. Je n’ai peut être pas choisi la facilité en signant dans le plus réputé, mais comment le regretter ? D’autant plus que je considère avoir réussi ma formation à l’AJA en jouant dans les meilleures équipes de jeunes et en remportant ces deux coupes Gambardella. Le fait de signer pro sans réussir à m’imposer à Auxerre n’était pas forcément un échec lorsque l’on regarde l’effectif de l’époque. J’ai donc continué ma progression et ma découverte du haut niveau à Besançon une saison puis à Niort trois ans. Je pense que c’est à ce moment que ma carrière a basculé. J’avais plusieurs sollicitations de clubs ambitieux de Ligue 2 et j’ai fait le choix de Brest. Sportivement ce n’était pas une mauvaise décision puisque le club est monté la deuxième année, mais humainement cela n’est pas passé avec le nouveau coach qui ne m’a jamais fait confiance. J’ai donc décidé de repartir sur un nouveau challenge et j’ai été convaincu par celui que m’ont proposé les dirigeants de l’AS Cannes. Tout était réuni pour retrouver la Ligue 2 sur deux saisons… et aujourd’hui nous sommes en CFA. Qui aurait pu le croire au moment où nous préparions la saison 2010-11 ? Ce sont les aléas du foot. Pour répondre à la question c’est donc forcément un regret lorsque l’on est joueur professionnel de ne pas avoir évolué en Ligue 1, mais les choses vont très vite dans les deux sens en football, donc…
As-tu le sentiment d’être passé un peu à côté de ta carrière ?
C’est l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Je gagne bien ma vie grâce au football et lorsque je compare ma carrière à tous les joueurs qui étaient avec moi au début, à notre entrée au centre de formation d’Auxerre, je ne peux pas me plaindre. Je fais partie des privilégiés. Après ce n’est pas la carrière que j’imaginais, on a tous de l’ambition, des rêves. Je pense que jusqu’à 26 ans j’étais sur la bonne voie, puis comme je le disais précédemment ma trajectoire s’est déviée, j’ai moins joué, j’ai perdu confiance à Brest et sans doute que les recruteurs du dessus avaient moins l’œil sur moi. Mais ma carrière n’est pas encore terminée et j’ai toujours de l’ambition. Comme le bon vin j’espère me bonifier avec l’âge (rires).
Tu es à Cannes depuis près de deux ans maintenant. Quel est la vie de Benoît Leroy le Cannois ?
Je vais être bientôt papa, je peux donc dire que je serai marqué à vie par cette ville. Bien sûr je me plais énormément dans la région même si je suis quelqu’un de très casanier. Il ne faut pas compter sur moi pour vous donner des bonnes adresses pour sortir (rires).
Tu es un des joueurs les plus discrets du vestiaire. Est-ce dans ta nature ?
C’est peut être une vision que l’on a de l’extérieur. Je suis quelqu’un de discret quand je ne connais pas, donc c’est sûr qu’à mon arrivée il m’a fallu du temps pour m’ouvrir aux autres. Aujourd’hui je pense avoir ma place dans le vestiaire et être apprécié de tous. Après selon son tempérament, son éducation et où l’on a grandit, on a forcément tous des comportements différents. C’est aussi ce qui fait la richesse d’un groupe.
Face à Bordeaux, tu as réalisé une de tes prestations les plus pleines sous le maillot rouge et blanc. Est-ce également ton ressenti ?
C’est difficile à dire, mais ce qui est sûr c’est qu’avec le recadrage tactique du coach à la mi-temps, j’ai du avoir un rôle beaucoup plus défensif en reculant d’un cran en seconde période. Il fallait tenir le score, c’était capital. En ce moment, je me sens bien en jambes, la fin de saison approche et on n’a plus le choix. Il faut absolument se transcender pour essayer d’aller au bout.
L’équipe est sur une série de 5 victoires et 4 nuls. Quels sont pour toi les raisons qui explique cette « invincibilité » de 2012 par rapport à 2011 ?
On a changé d’approche durant la trêve avec le changement de coach. David Guion avait une vision plus idéaliste du football en pensant qu’en jouant bien on gagnerait nos matchs. Ce n’est pas faux, mais pas forcément simple à mettre en place à ce niveau et sur du court terme. On se mettait en difficulté en cherchant à jouer. Jean-Marc Pilorget de part son expérience du niveau je pense à une vision beaucoup plus pragmatique. Il veut que l’on s’impose dans les duels, que l’on mette notre emprise physique sur le match pour ensuite essayer de bien jouer au football. Et cette méthode paye puisque depuis la trêve on est invaincu et on a un parcours de champion.
Malgré cette série, on sent une fragilité en fin de rencontre qui a conduit à la perte de plusieurs points. Quel est ton sentiment sur la question ?
Cela a été notamment le cas sur les deux matchs les plus importants de ces dernières semaines face à Uzès et Tarbes. Ces nuls nous ont fait très mal. C’était l’occasion rêvée de leur reprendre des points dans une confrontation directe et de leur faire mal au moral. Au lieu de ça c’est nous qui avons pris un coup moral avec un scénario où l’on se fait égaliser en toute fin de match. Le coach nous a parlé et je pense que l’on a eu un déclic au Pontet où l’on réussit à ne pas prendre de but alors que nous n’étions pas forcément bien en fin de rencontre. Et puis contre Bordeaux on parvient à renverser une situation mal engagée après avoir été menés au score. J’espère et je pense que ces problèmes de fin de match sont du passé.
Samedi c’est un déplacement chez le dernier de la classe Gap. Formalité ou compliqué ?
Forcément compliqué. Ils ont fait match nul à Tarbes, c’est une certitude qu’ils ne vont pas laisser les matchs. S’ils doivent mourir ce sera les armes à la main je pense. En plus, tous les joueurs doivent penser à leur avenir et à rebondir la saison prochaine. Il faudra être sérieux et surtout marquer des buts pour se mettre à l’abri et ne pas reproduire le schéma du Pontet où après avoir largement dominé on aurait pu se faire punir dans les arrêts de jeu.
Quelle sera la vie de Benoît Leroy une fois les crampons raccrochés ?
Je pense qu’on ira s’installer du côté de La Rochelle d’où est originaire ma femme. La Charente Maritimes est une belle région. Je ne pense pas rester dans le milieu du foot, je ne pense pas être fait pour ça. J’ai la chance d’avoir déjà pu faire des investissements durant ma carrière, j’espère que cela me laissera la possibilité de choisir mon futur boulot... et non pas de le subir.
