Accueil
Actualités
Interviews
Christopher M’Boungou : "Mon parcours m'a rendu plus fort !"
Peux-tu nous raconter ton parcours ?
Je suis originaire de la région parisienne, la ville de Lognes au nord de Paris. J’ai joué dans le club de ma ville dans les catégories de jeunes jusqu’en 13 ans où je suis allé faire les tests d’entrée à l’INF Clairefontaine. Ça marche comme à la Star Ac’ (rires), on est des centaines au départ et ils en éliminent lors de chaque journée. Il y a cinq étapes, j’ai été éliminé à la troisième, mais des recruteurs de clubs pros étaient présentés. L’AJ Auxerre m’a proposé de faire un essai qui a été concluant. C’était une super opportunité pour moi de signer dans un club de L1 réputé pour sa formation, passé après un joueur comme Philippe Mexès au même poste que le mien. Je garde de très bons souvenirs de cette période de cinq ans que j’ai vécu à Auxerre, même si c’est un peu l’usine de la formation. Il y a près de 80 jeunes répartis en famille d’accueil entre 13 et 15 ans puis au centre de formation après. De mon côté j’étais un peu en marge parce que je m’entraînais avec le centre de formation tout en étant dans la section sport études. C’était important pour moi et ma famille d’obtenir le bac. C’était le minimum que je m’étais fixé pour pouvoir reprendre des études à l’avenir si je le souhaite. Avec ce cursus j’ai pu me rendre compte du décalage qu’il y avait entre les « privilégiés » qui était au centre de formation avec des conditions d’entraînement top niveau et ceux du sport études qui s’entraînaient sur des synthétiques ou autres. Moi j’ai navigué entre ces deux mondes et cela m’a rendu plus fort je pense mentalement. Au moment de franchir le cap et de devoir intégrer la CFA, les dirigeants ne m’ont pas conservé. Cela ne m’a pas étonné plus que cela dans le sens où il y avait plusieurs internationaux à mon poste. Je n’ai pas été surpris. Pour autant cela ne m’a pas refroidi dans ma volonté de persévérer dans le monde du football, au contraire. J’ai envoyé plusieurs CV dans les clubs professionnels et un intermédiaire m’a proposé de faire un essai à l’AS Cannes. J’ai saisi cette opportunité et les choses se sont bien passées pour moi. J’ai donc signé à l’été 2010 pour ma 2ème année de 19 ans. J’ai été agréablement surpris par les conditions d’entraînement et l’organisation pour un club « amateur ». La fin de la saison dernière, les dirigeants m’ont proposé d’intégrer le groupe DH, mais sans faire partie des cinq joueurs qui quittent le centre pour être pris en charge par la SASP pour une année de post-formation. Je savais qu’il y avait beaucoup de défenseurs centraux dans le groupe de l’équipe première à l’époque, je me disais simplement qu’il fallait que je sois patient. Et je dois avouer que la relégation a été une chance pour moi et certains autres joueurs parce que le coach n’aurait peut être pas fait appel à moi sinon. J’ai su saisir ma chance en intégrant le groupe puis l’équipe et je compte bien ne rien lâcher.
Est-ce une fierté lorsque l’on était au centre de formation de revêtir le maillot de l’équipe première ?
Naturellement que l’on ressent quelque chose de particulier par rapport à un joueur qui arrive de l’extérieur. J’ai eu la chance de voir les deux côtés du club, celui « amateur » et celui « pro ». Je me dis que je suis un des représentants de la formation de l’AS Cannes et que je me dois de lui faire honneur. C’est une petite pression, mais elle est positive parce que je sais que toutes ces personnes présentes dans les tribunes sont avec moi.
Comment s’est passée ton intégration dans le groupe ?
Elle a été progressive dans le sens où je me suis d’abord entraîné ponctuellement avec le groupe avant de l’intégrer définitivement dans le courant du mois d’octobre. Mon intégration s’est très bien passée parce qu’il y avait plusieurs jeunes avec qui j’avais joué en 19 ans ou en DH. Les anciens ont aussi été très ouverts et je n’ai rencontré aucun problème. Par contre j’avais du mal à me lâcher, j’étais très timide et je sentais que cela s’en ressentait sur le terrain. Ce n’était pas ma vraie personnalité, il fallait absolument que je m’affirme pour ne pas passer à côté de quelque chose. J’y suis parvenu progressivement et aujourd’hui je suis moi-même.
Sans faire de bruit tu t’es imposé dans le groupe puis dans le onze titulaire. Est-ce un aboutissement ?
Non, j’ai envie de dire que c’est une étape. Chaque palier que l’on franchit rend plus ambitieux. Désormais je veux essayer de finir l’année comme titulaire. Je ne l’envisageais pas en début de saison, mais maintenant que j’y ai gouté je ne vais pas lâcher le morceau. Il faut que je continue à progresser dans tous les domaines. Je prends les choses comme elles viennent sans me prendre la tête. Mon parcours jusqu’à aujourd’hui me pousse à l’humilité, mais également à l’ambition parce que certaines personnes sont peut être étonnées de me voir titulaire en ce moment à l’AS Cannes, même si ce n’est qu’en CFA. Mais je peux leur dire que mon parcours m’a rendu plus fort et que je ne compte pas m’arrêter là.
Tu parles énormément sur le terrain. Est-ce un moyen pour toi de rester concentré dans ton match ?
Exactement, j’ai toujours été comme ça. Au départ, je n’osais pas et je jouais avec le frein à main. Même si j’ai marqué lors de mon premier match à Coubertin, je sais que je n’ai pas été bon lors de mes deux premières titularisations et c’est normal que je sois sorti de l’équipe. A ce moment je me suis posé la question de savoir ce que je voulais vraiment. Je n’étais pas arrivé là pour ne pas saisir ma chance à cause d’une fausse timidité. J’ai donc décidé d’être moi-même et de parler,
quitte à ce que certains se demandent pour qui je me prenne. Finalement cela s’est très bien passé parce que tout le monde voit bien que je ne me force pas à parler, au contraire c’est être moi-même. En plus le coach voulait que l’on parle plus dans l’axe, donc c’est bien tombé (rires).
Quelles qualités doit avoir un défenseur central moderne ? Et quels sont tes joueurs références ?
La puissance, une bonne relance, une bonne vision du jeu, de la grinta et une bonne communication sont pour moi les principales qualités d’un bon défenseur central moderne. Je n’ai pas de modèle, mais j’aime bien David Luiz (Chelsea), Thiago Silva (Milan AC) ou Sakho (Paris SG).
Par rapport à ce profil idéal, comment te situes-tu ?
Je pense avoir naturellement tout à travailler. Disons que mes points forts aujourd’hui sont le jeu de tête et la grinta, mais il faut que je progresse dans ma relance et que je prenne en masse musculaire pour gagner en puissance. Pour ce qui est de la communication je parle assez (rires).
On parle de charnière centrale. C’est peut être le seul poste qui nécessite une aussi grande complicité entre deux joueurs. Peux-tu nous en dire plus ?
C’est clair qu’il faut être très soudé, l’autre peut vous rendre meilleur ou au contraire plus mauvais. Il y a deux facteurs prépondérants, avoir confiance l’un envers l’autre et beaucoup communiquer. L’idéal aussi est d’avoir des qualités complémentaires, un meilleur dans les duels et l’autre dans la relance.
Qu’a-t-il manqué à l’équipe lors des deux derniers matchs à domicile et comment expliques-tu cette fébrilité apparente lors des fins de rencontre ?
On a manqué de solidité, d’efficacité offensive et défensive. On se crée des occasions pour se mettre à l’abri que l’on ne convertit pas et à l’arrivée on craque en fin de match. C’est difficile à expliquer, je pense que l’on doit inconsciemment avoir peur. Personnellement j’essaye de parler encore plus dans ces moments, mais je pense que cela ne règle pas tout. C’est un problème collectif que l’on doit régler, c’est mental.
Samedi c’est Bordeaux qui se présente à Coubertin. A quel type de match t’attends-tu ?
Forcément différent de ceux joués dernièrement dans le sens où l’on sait que les réserves pros n’ont pas la même approche des matchs que les formations amateurs. On va sans doute rencontrer une équipe moins physique, mais qui va poser le jeu avec de meilleures individualités. A nous de prendre les quatre points, il n’y a que cela qui compte.
Comment vois-tu la suite de ta carrière ?
Je suis content de ce que je suis aujourd’hui. Je ne veux pas trop aller chercher plus loin parce qu’une carrière ne tient souvent à pas grand-chose, mais disons que j’aimerai bien progresser avec le club dans les années à venir en montant de « quelques » divisions.
