Accueil
Actualités
Interviews
Fred Hurlin, une vision différente de la préparation
Peux-tu revenir brièvement sur ton parcours avant d’arriver à l’AS Cannes ?
J’ai fait un Master en Préparation Physique au STAPS (fac de sport) qui m’a permis d’avoir une vision globale de la préparation physique. Sur un plan de la pratique, je suis issu de la voile. J’ai malheureusement échoué aux portes des qualifications aux Jeux Olympiques en 2004 et 2008 en terminant dans le dernier carré, mais une seule personne est sélectionnée pour représenter la France en voile. Ensuite je me suis spécialisé dans le triathlon et la course en montagne, sports dans lesquels j’entraîne encore actuellement de futurs professionnels. Je possède également différents brevets fédéraux et des expériences auprès des gymnastes du pôle France.
Tu es donc « étranger » au milieu du foot ?
Complètement étranger, je regarde simplement les phases finales des grandes compétitions. C’est un plaisir de découvrir un nouveau milieu, de nouvelles manières de fonctionner et de travailler en équipe avec un staff. Ce n’est pas forcément le cas dans tous les sports. Dans ma méthode de fonctionnement, j’ai toujours essayé d’aller puiser une force dans ma polyvalence. Je prends ce qu’il y a de meilleur dans chaque activité que j’ai pu découvrir ou dans lesquelles j’ai pu travailler. Par exemple, je me sers pour les exercices de gainage avec le groupe depuis mon arrivée de ce que j’avais découvert lorsque j’avais bossé avec les gymnastes du pôle France à Antibes. Je transpose aussi des techniques d’entraînement spécifiques aux triathlètes pour les footeux. C’est important de pouvoir varier les séances et surprendre les sportifs en cassant la routine de ce qu’ils ont toujours eu l’habitude de faire.
Quelles spécificités t’ont étonné dans le football ?
La notion de travail d’équipe dans le staff a vraiment été nouvelle pour moi. J’ai la chance d’être tombé avec de supers mecs qui m’expliquent le détail des exercices qu’ils proposent au groupe durant les entraînements. C’est important pour moi d’avoir ces infos pour apprendre les spécificités de la discipline et adapter mon contenu. On fonctionne vraiment à quatre avec Jean-Marc pilorget, Philippe Cuervo et François Lemasson. Pour les échauffements, on est tellement en phase avec Phil qu’on envisage de faire un spectacle en fin de saison. (rires) Sinon pour parler d’un autre aspect, j’ai aussi découvert à travers le foot, un milieu assez fermé dans le mode de fonctionnement. On ne regarde pas ce qui se fait ailleurs, dans les autres disciplines. On le voit à travers les Jeux Olympiques en ce moment où beaucoup découvrent d’autres sports. C’est sans doute du au fait que ce soit le sport numéro un dans le monde, mais c’est dommage parce qu’il y a énormément à prendre et à apprendre en s’ouvrant sur les spécificités de chaque activité. C’est ce que j’essaye d’amener à mon niveau dans mon travail à l’AS Cannes.
Par rapport aux autres sports, la problèmatique la plus compliquée en football n’est-elle pas de devoir être en bonne condition physique durant près de 10 mois ?
Avec des sportifs amateurs, tu peux programmer un ou deux pics de forme dans l’année, quand tu bascules dans le monde professionnel ce n’est plus possible. Cela va peut être paraître bizarre au grand public ce que je vais dire, mais on ne demande pas aux joueurs d’être les meilleurs toute la saison, mais les moins mauvais. Je m’explique. Au début de saison, toutes les équipes partent à 100%, puis selon leur état physique et d’autres facteurs elles craquent progressivement. La gestion de l’effectif et des efforts est donc primordial. Quand je sens qu’un gars commence à être cramé, j’en parle avec le staff ou inversement. Mais là où l’équilibre est vraiment fragile, c’est que le moment où le joueur est le plus vulnérable par rapport à la blessure, c’est quand il est à son pic de forme parce que qui dit 100%, dit limite de la rupture. Mon rôle est donc, en concertation avec le staff, d’inclure des périodes où tu mets des gars au repos forcé avant qu’ils ne se blessent. Mon poste a un double objectif : avoir le groupe en meilleur forme possible avec le moins de blessés possibles. La difficulté que je découvre dans le foot aussi, c’est le manque d’écoute qu’ont les joueurs sur leur propre corps. C’est sans doute également du à la concurrence qui incite le joueur à toujours jouer même si cela va moins bien. Mais dans les sports individuels, les athlètes sont beaucoup plus en mesure de prévenir et d’anticiper leur état de forme et donc la blessure.
Quelle est la place du préparateur physique dans un staff et son rôle au quotidien ?
Je suis chargé de faire le lien entre le staff médical et le staff sportif. Le matin, la première personne que je vais voir c’est Jeff (le kiné). Je lui demande : qui est blessé ? Et où en sont les blessés dans leur protocole ? Ensuite je vais voir le staff technique pour leur demander : comment vous sentez les gars ? Et en début de semaine je leur demande également quel degré de fraîcheur il souhaite que les joueurs aient le week-end ? Cela me permet d’adapter les séances entre la régénération et un vrai travail athlétique sachant que tous les contenus sont validés par le côté médical quand je suis avec les blessés en reprise ou par le côté sportif pour le travail avec le groupe. Je tenais à rajouter un mot sur le staff médical puisque je n’ai parlé que du sportif précédemment. C’est vraiment un plaisir de travailler avec eux aussi bien sur un plan humain que professionnel.
Avec le premier match ce samedi, on arrive au bout de la phase de préparation. Peux-tu nous expliquer comment tu as pensé celle des rouge et blanc cette saison ?
L’année dernière je me suis rendu compte que le CFA était un championnat de guerrier avec des impacts violents et pas mal de blessures. Cette saison, l’objectif a donc été de renforcer les gars aussi bien pour prévenir les blessures que de pouvoir s’imposer physiquement. Paulin (Voavy) en est un très bon exemple, on sait qu’il va se faire « découper » à tous les matchs. Son corps doit être en mesure d’encaisser les coups et en même temps de faire la différence. Pour cela on a fait un gros travail de prévention des entorses (chevilles et genoux), de gainage, d’endurance et de renforcement musculaire avec courses et circuits volontairement un peu rustique à l’image du travail dans le sable durant le stage. Le but est que les gars aient l’habitude d’être dans le dur. Cette préparation a été faite de façon progressive avec pour objectif d’éviter au maximum les blessés.
Es-tu satisfait du travail fourni par le groupe et de la forme du groupe à cette entame de championnat ?
Oui, il y a un très bon état d’esprit. Un recadrage a été fait en tout début de préparation par le coach et depuis tout le monde s’est mis au diapason. Il y a une progression dans les tests de tout le groupe. On a appris à se connaître avec les gars, ils ont assimilé mes méthodes de travail différentes de ce qu’ils avaient l’habitude de connaître et désormais j’essaye de faire progresser chacun sur ses points faibles en plus du boulot collectif.
Comment va se dérouler l’entretien durant la saison ?
On reste sur la même formule que la saison dernière en terme de programmation. En début de semaine, remise en route des organismes, travail de déplacement et endurance. Ensuite, séance d’entretien et de développement (au cours de la saison ce n’est plus que de l’entretien), et circuit training musculation pour renforcer le haut du corps. C’est important de pousser de la fonte intelligemment pour répondre au défit physique sur le terrain. A côté de cela, chaque joueur à un programme personnalisé pour prévenir les blessures en fonction des faiblesses constatées lors des tests isocinétiques sur le Cybex.
Un petit mot pour conclure ?
J’ai évoqué les relations humaines avec le staff durant l’interview et je tenais également à dire un mot sur les conditions de travail qui sont vraiment idéales, avec une salle de musculation à disposition et du matériel digne d’un club professionnel comme le Cybex qui est une machine à la pointe en matière de prévention, rééducation et musculation.
