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Le 05/10/2012 - 01:11

Jérémy Gavanon hors-jeu

Le gardien ascéiste a joué le jeu de réagir sur des thèmes précis sur l’actualité ou sur sa vie. Une interview qui permet de découvrir un Jérémy Gavanon aussi tranchant dans les mots que décisif dans ses buts rouge et blanc.

L’AFFAIRE DU HAND
En tant que sportif de haut niveau professionnel on sait qu’il est interdit de parier, et encore plus sur les matchs qui nous concernent. Personnellement cela m’arrive de faire un ticket de temps en temps et c’est le cas de nombreux joueurs que je connais. Dans le cas précis de l’affaire des joueurs de Montpellier, il est certain qu’ils doivent être sanctionnés si les faits sont avérés. Mais j’ai été choqué de la façon dont se sont passés les interpellations à la fin du match à Paris dimanche. On aurait dit que l’on avait à faire à des tueurs. Même si les faits sont graves, il faut quand même replacer les choses dans leur contexte, il ne s’agit « que » de paris sportifs. Nikola Karabatic a fait beaucoup pour le développement du hand et même pour l’image de la France à l’étranger, c’était une sorte d’ambassadeur du sport. Pour ces raisons, j’ai trouvé les moyens mis en œuvre disproportionnés pour l’arrestation et la mise en scène à la fin d’un match hyper médiatisé déplacée. N’aurait-il pas été plus simple et juste de les interpeller à la fin d’un entraînement ? Mais j’ai du mal à m’expliquer ce geste pour Karabatic par rapport à ce qu’il gagne, c’est incompréhensible. Malheureusement on l’a vu en Italie avec le scandale des matchs truqués dernièrement ou dans d’autres pays, ce sont des choses qui se développent de plus en plus. Cela m’est même arrivé en fin de saison dernière que l’on m’appelle en me conseillant de parier sur un match. Quand on est sportif de haut niveau et que l’on vit de notre passion, il faut être assez intelligent pour faire la part des choses.

 

LE FOOTBALL AUJOURD’HUI
Je suis fan de foot, j’ai toujours tout regardé à la télé. Mais au-delà du jeu, la principale évolution que je constate depuis le début de ma carrière, c’est le changement des mentalités. A 19 ans quand j’ai débuté à l’OM, on sentait un grand respect envers les anciens. Il y avait des échanges, un vrai dialogue. Depuis quelques années c’est plus difficile d’avoir de vrais rapports humains entre générations. Les jeunes sont toujours avec leur casque sur la tête, ordinateurs, tablettes, jeux vidéos… Ce qui est plus grave à mes yeux, c’est que certains qui arrivent dans un groupe professionnel donne le sentiment par leur attitude d’avoir déjà 150 matchs en pro alors qu’ils n’ont quasiment jamais joué en CFA. Ils donnent le sentiment de n’avoir rien à apprendre. Lors des entraînements, quand j’étais jeune on restait souvent après la fin pour essayer de progresser, maintenant c’est plus souvent les anciens qui restent que les jeunes. Je ne saurai pas expliquer pourquoi les choses ont évolué ainsi, c’est simplement un constat. C’est dommage.

 

L’OM
Là je sais que je vais me faire chambrer (rires). C’est le club de mon cœur ! Je suis né à Marseille et j’ai joué à l’Olympique de Marseille de 8 à 22 ans. La première fois que je suis rentré sur la pelouse du Vélodrome avec le maillot sur le dos, je dois avouer que j’ai eu du mal à me concentrer. J’étais submergé par l’émotion de ce que cela représentait pour moi. Cette période restera un très grand souvenir même si j’aurai pu faire mieux, mais j’étais très jeune à cette époque. Et c’est encore plus dur quand on est originaire de la ville. J’ai beaucoup appris en côtoyant de très grands joueurs. Pour ce qui est du club, il suffit de voir l’engouement partout où va jouer l’OM, les stades sont toujours pleins. Quoiqu’il arrive cela restera le club le plus populaire et médiatique de France.

 

LE DEBUT DE SAISON
J’ai envie de dire pas mal, mais peut mieux faire. Ce qui est dommage c’est que sur les trois rencontres où on lâche des points (au Pontet, face à Monaco et à Béziers), on aurait pu et du gagner. Dans le contenu, on est dans le vrai, il y a un super état d’esprit dans le groupe et du monde au stade. Tous les ingrédients sont réunis pour faire une belle saison. Il faut continuer tout en se disant que rien ne sera facile. Il suffit de voir le classement, dès notre première défaite, trois équipes sont revenues sur nous à la tête du classement. Il faut garder le rythme à domicile et apprendre à tuer les matchs à l’extérieur, à l’image de ce que chantent souvent les supporters de l’OM en déplacement « on vient, on gagne et on s’en va ». (rires)

 

CANNES
Ce qui est marrant pour un sudiste, c’est qu’avant de signer au club, je n’étais jamais venu à Cannes. J’ai apprécié la ville dès que je suis arrivé au mois de juillet, c’était très animé. Mais avec le temps j’ai appris à plus l’apprécier l’hiver, il y a moins de monde dans la ville et manger sur la plage en hiver est super agréable. Ma femme m’a rejoint depuis deux ans et même si elle a eu du mal au début en arrivant de Bordeaux, aujourd’hui elle est pleinement intégrée. La ville est attachante, la région magnifique et en tant que sudiste, la mer et le soleil sont indispensables à mon équilibre. 

 

L’AS CANNES
La première fois où j’ai été contacté, j’ai sauté sur l’occasion. Même si j’ai consenti un effort financier en signant ici, je suis de la génération qui a rêvé avec les joueurs formés ici, j’aime les publics chauds du Sud et le projet était séduisant. Pour autant, cela n’a pas été facile au début, parce que je sortais de trois saisons où j’avais très peu joué en tant que doublure. J’étais venu pour retrouver très rapidement la Ligue 2 et il ne faut pas se mentir la descente m’a fait beaucoup de mal, comme à beaucoup de monde d’ailleurs. Il a fallu digérer tout ça et repartir de l’avant. Cela a été fait avec l’arrivée de Jean-Marc Pilorget et un bon recrutement. Je suis venu avec pour ambition de retrouver la Ligue 2 et je ne partirai pas avant… ni après. (rires)

 

LE CFA
Par rapport au niveau CFA que j’ai connu à mes 17 ans, cela n’a plus rien à voir. Aujourd’hui la plupart des joueurs de ce niveau sont passés par des centres de formation et ont un bagage technique et tactique minimum. Le niveau m’a vraiment surpris la saison dernière, surtout que la poule Sud est réputée pour être la plus difficile. Cette année, cet effet de surprise n’existe plus et l’on sait que l’on va rencontrer que des équipes solides avec de bons joueurs. Il suffit d’observer tous nos adversaires depuis le début de saison. Aucun est en dessous.

 

LE POSTE DE GARDIEN DE BUT
Dès l’âge de 4 ans ½ quand j’ai débuté le foot, je me suis mis « aux cages ». C’est indiscutablement un poste à part. On est très souvent entre nous et il y a une solidarité naturelle entre gardiens. On a un rôle très exposé puisque la moindre erreur ne peut se réparer.  Souvent les gardiens sont un peu « fous », même si je ne pense pas avoir ce grain de folie. Par contre, il y a une grosse adrénaline avec une pression permanente. J’adore ça !

 

LE VESTIAIRE
Depuis que je suis à Cannes, je n’ai connu que des bons vestiaires avec une unité sur et en dehors du terrain. Après c’est sûr que cela évolue en fonction des résultats dans une saison. Cette année je trouve que le recrutement a été fait de façon intelligente en prenant des mecs un peu plus âgés, qui sont là aussi pour tirer les autres. Cela fait du bien d’avoir plusieurs leaders parce que c’est sans doute ce qu’il a manqué les années précédentes. Après c’est dans la défaite que l’on voit si l’on est soudé et quel est l’orgueil et la capacité de réaction d’un groupe.

 

LA SUITE DE TA CARRIERE
Elle est à très court terme avec la montée en National obligatoire. Il me restera deux ans de contrat et dans l’idée j’aimerai continuer l’aventure le plus longtemps possible.

 

LA RECONVERSION
Je me sens très bien ici, nous avons d’ailleurs acheté une maison avec ma femme. Mon frère est à La Ciotat, mes parents à Marseille et j’envisage mon avenir dans la région… et dans le foot. Je me verrai bien à un poste d’entraîneur des gardiens, pourquoi pas avec les jeunes dans un premier temps. J’aime ce métier et j’aimerai avoir la chance de transmettre au quotidien à des gardiens.  Mais j’ai encore de belles années devant et une mission à accomplir avec l’AS Cannes avec la promesse que l’on s’est faite avec les dirigeants quand j’ai signé de ramener le club en Ligue 2.

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