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Le 04/05/2012 - 00:34

Perica Radic, de l'ombre à la lumière

Aussi discret que performant, Perica Radic a le profil de la doublure idéale. En le découvrant dans l’entretien de la semaine vous comprendrez que son implication en fait bien plus que cela…

Tu évolues au poste le plus singulier. Peut-on dire que le gardien de but est un footballeur ?
J’ai envie de dire aujourd’hui peut être plus qu’hier. Il y a quelques années, le jeu au pied n’était pas un élément fondamental pour un gardien. Désormais il est devenu indispensable. C’est une qualité du poste au même titre que la prise de balle ou les réflexes spécifiques qui l’ont toujours été. Un goal qui a un bon jeu au pied rassure ses défenseurs et peut également faire office de premier relanceur. Cela arrive qu’à l’entraînement on se retrouve dans le champ, mais physiquement on a du mal à suivre… donc on se fait régulièrement chambrer. (rires) Mais on a souvent notre revanche dans les petits concours d’après entraînement. Il y a des concours de coup francs où celui qui marque le moins doit ramasser tous les ballons. Nous les gardiens on est lucide sur nos qualités, on se met dans la cage, mais d’autres comme Christopher (M’Boungou) se prenne pour Juninho ! (rires)

 

Dans la préparation qu’y a-t-il de différents d’un joueur de champ ?
Déjà au niveau de l’échauffement, il est collectif pour les joueurs de champ. Le s gars se parlent beaucoup, il y a vraiment une motivation collective. Pour nous c’est tout l’inverse, on a tendance à se refermer dans notre bulle à l’approche du match. Sur un plan psychologique on a besoin de s’isoler pour se concentrer. La difficulté et la spécificité pour un gardien, c’est que tu peux toucher qu’un ballon toutes les 30 minutes et il va falloir être décisif. Tu ne sais jamais à quel moment tu vas être sollicité et la moindre erreur est fatale. C’est une problématique complètement différente pour un joueur de champ qui est toujours en action et qui se dit qu’il a toujours le gardien pour rattraper ses erreurs. (rires) Pour revenir à la question, je pense que c’est la notion de concentration qui est vraiment différente, poussée à l’extrême. Nous n’avons pas le droit de sortir du match, ne serait-ce que cinq secondes.

 

Psychologiquement comment vit-on le fait d’être doublure ?
Je ne vais pas mentir, cela a été dur au départ. Surtout que j’arrivais d’un club où je jouais comme titulaire. Après je suis quelqu’un de droit donc quand les choses sont claires il n’y a pas de souci. C’est ce qui s’est passé à mon arrivée puisque l’on m’a annoncé tout de suite que je serai deuxième gardien derrière Jérémy (Gavanon). C’est quelqu’un de performant et un mec sympa donc il n’y a jamais eu de souci. Après dans ma tête, je me place dans une situation de concurrence pour essayer de donner toujours le meilleur de moi-même. Je pense que ça nous pousse tous les deux à progresser. Pour revenir sur la première question c’est une autre particularité du poste de gardien de but parce que si un coach dispose de deux bons joueurs au même poste, il peut les faire évoluer ensemble comme titulaire en s’appuyant sur la polyvalence de l’un des deux. Tandis que pour nous quoi qu’il arrive il n’y en aura qu’un qui jouera. Je jouerai bien dans le champ, mais je ne suis pas sûr que le coach accepte. (rires)

 

Quelle relation entretiens-tu avec Jérémy Gavanon ?
On s’entend bien, on est bon pote à l’entraînement. On arrive à travailler dans la bonne humeur tout en étant sérieux avec François Lemasson. On peut vraiment appeler cela une saine concurrence. Mais il faut aussi citer Logan qui est le petit jeune de la bande. Il y a vraiment une grande solidarité entre nous trois, on essaye de le conseiller pour le faire progresser, il a un potentiel très intéressant. On peut vraiment dire que l’on est un groupe dans le groupe tous les trois avec notre coach.

 

Le plus dur est de devoir être prêt, à son meilleur niveau dès que l’on fait appel à toi. Comment gères-tu cette situation ?
Une fois que l’on a accepté ce statut particulier de doublure, le fait d’être en permanence prêt à jouer est ce qu’il y a de plus compliqué à gérer. Il n’y a pas de secret, je me prépare chaque semaine comme si j’allais jouer le week-end. C’est le seul moyen d’être compétitif. Si vous apprenez le forfait du gardien titulaire quelques jours précédents le match, c’est mort, vous ne serez jamais prêt si vous n’êtes pas à fond aux entraînements depuis des semaines. Quand on fait appel à moi comme dernièrement avec la blessure de Jérémy et que je fais de bonnes performances, c’est un moyen pour moi de dire « je suis là, vous pouvez compter sur moi ». C’est primordial parce que lorsque l’on a des ambitions, ce n’est pas à 11, mais à 25 que l’on peut parvenir à réaliser des grandes saisons.

 

Tu commences à faire partie des anciens du vestiaire. Comment te sens-tu à l’AS Cannes ?
Je me suis tout de suite très bien intégré dans le vestiaire, mais aussi dans le relationnel avec les dirigeants et le personnel administratif. C’est une grande famille et en plus on bénéficie de conditions d’entraînement d’un club professionnel. J’espère vraiment que l’on pourra rendre au club et aux dirigeants dans les années à venir, le statut qu’il mérite.

 

On a le sentiment que depuis la trêve il se passe quelque chose. Est-ce également ton sentiment ?
Au sein du groupe l’ambiance n’est pas pareille. On s’est toujours bien entendu entre nous, mais il y avait auparavant beaucoup moins de communication, notamment sur des points qui pouvaient fâcher. On s’écoute plus et on ose se dire les choses. C’est l’arrivée du nouveau coach qui a été le facteur déclencheur de cette prise de conscience. Il nous a mis face à nos responsabilités et nous parle vrai. A partir de là personne ne peut tricher, même inconsciemment, et tout le monde donne donc le maximum pour faire avancer le groupe. L’état d’esprit c’est le plus important dans la réussite sportive d’une équipe. Lorsque que l’on joue avec la volonté de rattraper l’erreur de son pote, on peut renverser des montagnes.

 

Comment vois-tu l’avenir ?
J’espère vraiment rester le plus longtemps possible et aider l’AS Cannes à remonter les épreuves parce que je pense comme tout le monde que le club n’a pas le droit de ne pas être dans le monde professionnel. Il ne sert à rien de le dire et il faut agir. Je pense que les dirigeants ont beaucoup appris ces deux dernières années et on sent aujourd’hui beaucoup plus de sérénité à tous les niveaux. J’espère qu’il y aura de la stabilité à l’intersaison pour permettre à ce bon groupe de grandir parce qu’il a la qualité pour réaliser de très belles choses. Il suffit de regarder Montpellier ou Lille en Ligue 1 pour constater que les belles histoires se construisent dans la continuité. C’est en apprenant à se découvrir, puis à vivre et travailler ensemble que quelque chose peut naître… et c’est ce qui est en train de se passer depuis quelques mois.

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