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Philippe Cuervo : "J’aime mes joueurs !"
Tu as connu quatre coachs depuis ton arrivée au club. N’est-ce pas compliqué de s’adapter et donc forcément changer ses méthodes de travail ?
Non ce n’est pas compliqué dans le sens où les choses sont claires. C’est à moi de m’adapter à la philosophie du coach et à ses méthodes de travail. Au contraire je trouve que c’est une chance incroyable à mes débuts et à ce niveau d’avoir pu travailler avec des entraîneurs très différents et avec un grand vécu comme Emon, Zvunka, Guion et Pilorget. Je pense avoir appris et continuer à apprendre en accéléré. Ce sont des coachs, des hommes complètement différents et je pioche dans chacune de leur méthode pour m’enrichir et donner le meilleur de moi-même dans ma fonction.
Je voudrais parler d’une chose également parce que je connais le milieu et ce qui peut se dire. Lorsque quatre coachs passent et que vous êtes toujours en poste en tant qu’adjoint, certains portent un jugement sur votre mode de fonctionnement ou vos valeurs. A un moment, j’avoue avoir eu du mal à gérer cette situation sur un plan personnel. Je suis quelqu’un de fidèle que ce soit en amitié ou professionnellement, donc j’avais du mal à accepter qu’une telle image de moi puisse être véhiculée. Et puis finalement je me suis dit que l’on ne peut rien contre la jalousie ou le mauvais esprit, le principal étant d’être droit avec soi-même et de pouvoir regarder les personnes que l’on apprécie dans les yeux. L’essentiel est que tous les quatre aient été satisfaits de mon travail à leur côté. Il n’y a que ça qui compte au final.
Comment définirais-tu le binôme que tu formes actuellement avec Jean-Marc Pilorget ?
On s’entend très bien humainement, comme c’est d’ailleurs le cas avec tous les membres du staff sportif et médical. Il y a une vraie équipe, on peut tout se dire sans retenue parce que chacun sait que c’est pour améliorer la performance et donc le bien du club. Pour ce qui est de Jean-Marc, il me fait confiance et me responsabilise en me permettant par exemple de faire des causeries d’avant-match lors de certaines rencontres de coupe ou de championnat. Il me donne beaucoup de responsabilités, c’est très valorisant et enrichissant. Il prône un management participatif et cela donne envie de lui rendre cette confiance placée en nous. Il a une complicité dans le travail, le respect de l’autre et fait sentir à chacun d’entre nous qu’il est important. C’est très gratifiant. Dès son arrivée au club, il a fait comprendre qu’il ne fallait pas toucher à son staff, c’est très fédérateur, il donne vraiment envie de se défoncer pour lui. Et en même temps, il est intransigeant et vous dit ce qu’il pense, même si cela doit faire mal. J’ai encore beaucoup à apprendre de lui, c’est quelqu’un avec énormément d’expérience, mais aussi et surtout un grand bonhomme.
Ton rapport avec les joueurs est forcément différent de celui du coach. Comme le définirais-tu ?
J’ai toujours eu un « problème » parce que j’étais justement trop proche des joueurs. Cela fait partie de mon apprentissage de trouver le juste milieu dans les rapports que j’entretiens avec eux. J’ai énormément évolué sur ce plan et j’arrive aujourd’hui à mieux appréhender cette relation en me détachant un peu plus. J’aime mes joueurs et je leur fais confiance, peut être trop parfois. Mais c’est aussi mon rôle d’adjoint d’être proche pour avoir leur ressenti, tandis que le coach est plus en retrait avec un rôle plus dur. On a un groupe de 27 garçons, ce qui veut dire que plus de la moitié ne jouent pas chaque semaine et pourtant il faut que chacun reste concerné et participe à la vie du groupe tout en progressant parce qu’ils auront tous un rôle à jouer à un moment donné de la saison. Il faut avoir le maximum d’infos sur les joueurs pour pouvoir optimiser le groupe. Pour cela on a besoin de connaître les footballeurs, mais aus
si les hommes parce que souvent la performance peut être perturbée par des paramètres ponctuels dans la vie de chacun. En le sachant, cela peut nous permettre d’anticiper et de mieux les accompagner dans leur progression. Pour revenir sur la question, je resterai toujours proche des joueurs parce que c’est dans ma nature, mais j’apprends à prendre du recul. Parfois quand tu donnes un doigt, il te prenne le bras. (rires) Il faut réussir à identifier ces situations parce que l’on ne peut pas montrer de faille, sinon ils s’y engouffrent. On reste tous des Hommes.
Comment gère-t-on le fait d’être continuellement dans l’ombre de l’entraîneur en chef. Est-ce que par moment cela peut toucher l’égo ?
Cela ne m’a jamais traversé l’esprit, je ne suis pas dans ce mode de pensée. Pour moi, je suis dans ma quatrième année d’apprentissage et j’ai eu jusque là une chance énorme de côtoyer des techniciens expérimentés avec des personnalités complètement différentes. A côté de cela, je passe aussi mes diplômes, je pars d’ailleurs dès dimanche à Clairefontaine pour finir l’obtention complète de mon DEF. Je prends mon temps, j’aurai peut être l’envie un jour de devenir entraîneur numéro un, mais ce n’est pas mon objectif aujourd’hui. On a la chance d’avoir des personnes super compétentes dans leur domaine et avec une grosse expérience (François Lemasson pour les gardiens ou Fred Hurlin pour la prépa physique), donc je profite au maximum de cette chance pour échanger avec chacun et élargir mon bagage.
Finalement on a le sentiment que c’est quelque chose qui convient parfaitement à ta personnalité discrète sur l’extérieur…
Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est de continuer ma formation, que le club retrouve sa place en National la saison prochaine et que les joueurs progressent chacun individuellement. Je n’ai pas besoin d’être dans la lumière, je l’ai déjà vécu durant ma carrière, comme Jean-Marc et François. Ce qui m’importe maintenant c’est d’avoir le sentiment de faire grandir des joueurs, de leur faire partager mon expérience du haut niveau pour qu’un jour ils soient à leur tour dans la lumière du haut niveau.
Comment tu expliques justement cette dualité entre ton tempérament très fort sur le terrain ainsi que dans la vie du groupe et ton côté plus en retrait sur l’extérieur ?
Sur le terrain, j’étais « un chien ». Mais la grosse différence c’est qu’en tant que joueur on est acteur de sa performance, ce qui n’est plus vraiment le cas en tant que coach. Là tu es sur le côté du terrain et tu attends que les joueurs reproduisent ce que tu leur as demandé et fait travailler. Pour autant, j’essaye de leur transmettre et inculquer ma rage de vaincre. Pour ce qui est de mon côté plus en retrait sur l’extérieur, je n’ai pas de nécessité de m’exposer aujourd’hui et ce n’est pas un besoin chez moi. Si un jour je suis de nouveau amené à être confronté à la médiatisation, je ne pense pas que cela me posera de souci. Mais aujourd’hui, il n’y a qu’une chose qui compte, le projet avec l’AS Cannes.
En parlant avec les anciens du vestiaire, ils mettent en avant une grande évolution dans ton rapport au groupe, une plus grande maturité depuis la saison dernière. As-tu également ressenti cette transition ?
Oui complètement. Comme je l’ai dit précédemment, j’apprends vite et d’autant plus aux côtés de Jean-Marc pour qui le management humain est un des domaines de prédilection. Il voi
t et sent les choses, ce qui lui permet d’anticiper. Plus les jours et les mois passent, plus mes convictions s’affirment. Je sens que je prends de l’assurance dans les séances d’entraînement, les échauffements, le temps que je mets pour les préparer, dans la façon de les animer… Je suis bien dans mon rôle et dans mes baskets. Je me sens évoluer. Mais j’ai assez de vécu dans le milieu pour savoir que le football est un éternel recommencement et le jour où tu te manques… les joueurs ne te manquent pas. A moi d’être irréprochable.
A l’avenir envisages-tu de prendre une équipe en tant qu’entraîneur principal ?
Ce n’est pas mon objectif premier, mais ce sera peut être une suite possible. Je suis quelqu’un d’entier qui vit le moment présent à fond et aujourd’hui le seul objectif que j’ai en tête (comme tous au club) c’est la montée en National. Si vous me proposez d’être en Ligue 1 comme adjoint de Jean-Marc dans quelques années, je signe tout de suite. (rires) Le temps dira si j’ai les capacités et l’envie de prendre seul la tête d’une équipe. Ce n’est pas un manque d’ambition, mais à l’heure actuelle ce n’est pas du tout ma priorité. Je continue à apprendre…
Parlons un peu de l’équipe et du terrain, qu’y a-t-il de différent cette saison par rapport aux saisons précédentes ?
Durant toutes ces années, on a toujours eu de bons joueurs et de bons groupes, mais il manquait quelque chose. L’arrivée de Jean-Marc en janvier dernier a amené une rigueur nouvelle et j’ai le sentiment cette saison que tout le monde a élevé son niveau d’exigence. Cette saison le club est dos au mur et il y a une épée de Damoclès au-dessus de la tête de tout le monde. Personne n’a le droit à l’erreur. Celui qui ne se fond pas dans l’esprit est recadré de suite ou sanctionné. Cette pression aurait pu inhiber, mais au contraire elle transcende tout le monde. La gestion de la vie de groupe est d’autant plus importante. Personne ne doit sortir du cadre à cause de la frustration de ne pas jouer ou pour une autre raison car chacun aura son importance à un moment donné.
Sur quoi axez-vous le travail aux entraînements en ce moment ?
On travaille principalement sur deux axes. Tout d’abord sur la capacité à conserver le ballon. Parfois on veut aller trop vite alors que l’on devrait avoir la maîtrise des matchs par rapport à la qualité technique présente dans le groupe. Ensuite le deuxième axe concerne l’efficacité offensive. On a réussi depuis le de saison à avoir un bloc qui prend peu de buts, il faut maintenant parvenir à concrétiser notre domination de façon à tuer les matchs beaucoup plus rapidement.
En recevant Marignanne et dans le même temps avec un Colomiers-Béziers, ce week-end n’est-il pas encore plus important que les autres ?
On ne peut pas réfléchir dans ce sens, tous les week-ends sont importants… enfin surtout ceux où l’on joue. (rires) Le groupe de CFA cette saison est très compliquée. Il suffit de voir les difficultés que rencontrent Martigues ou Bayonne qui descendent de national. Comme le dit le coach, on est arrivé à la place qu’on voulait, maintenant il va falloir se battre comme des chiens pour ne pas la lâcher. Il y a des équipes très solides comme Colomiers, Hyères ou Marignanne que l’on va rencontrer samedi. Mais nous devons nous concentrer que sur nous-mêmes, notre travail, nos performances, notre efficacité… Chaque match est une finale pour atteindre l’objectif que l’on s’est fixé. Que les joueurs s’éclatent dans le projet, prennent le maximum de plaisir et en donnent aux supporters. Mais pour cela, il faut souffrir. Il n’y a pas de victoire sans souffrance. Et si l’on continue tous dans cet état d’esprit, on peut réaliser une grande et belle saison !
