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Romain Rambier : "C’est important de se sentir aimé !"
Tu as traversé la saison dernière une épreuve avec la maladie qui t’a frappée. Quand on est sportif de haut niveau, en pleine possession de ses moyens physiques, comment vit-on une telle annonce ?
Je l’ai appris du jour au lendemain. Pour être honnête, je n’y ai pas cru, je ne pouvais pas l’accepter. Je ne bois pas, je ne fume pas, j’ai une hygiène de vie irréprochable… C’est le genre de choses que tu as l’impression qui n’arrive qu’aux autres. J’ai vraiment réalisé lorsque j’ai commencé le protocole opération puis chimiothérapie. On sait ce qu’est la maladie sur les autres, mais quand cela nous tombe dessus c’est dur à accepter. D’ailleurs, lorsque l’urologue m’a dit qu’il s’agissait d’un cancer je ne l’ai pas cru. Il m’a demandé d’aller faire une échographie et des analyses de sang. A partir de là j’ai bien été obligé de voir la réalité en face. Il m’a ensuite mis en relation avec Emmanuel Petit, mon cancérologue (rien à voir avec l’autre, rires), qui a établi le protocole. Le lendemain j’ai vu Victor Zvunka et j’étais prêt à jouer le week-end contre Colmar. Il m’a raisonné en m’expliquant que j’avais un autre combat à mener et que le terrain ne devait plus être ma priorité du moment. Il m’a proposé de rentrer dans ma famille. Je tiens vraiment à saluer son attitude, c’est un très grand Monsieur. Il m’a permis ensuite de revenir à mon meilleur niveau en ne me faisant aucun cadeau. Sans lui, je ne serai sans doute jamais revenu à ce niveau de compétition.
Tu as étonné beaucoup de monde en continuant à t’entraîner jusque la veille de ton opération. S’agissait-il d’un moyen de ne pas y penser ?
En fait quand je disais ne pas avoir réalisé ce qu’il m’arrivait, c’est que je n’ai pas eu conscience de la gravité du mal qui me touchait. Je ne pensais aux conséquences, je continuais à vivre mon quotidien. Avec du recul, je pense que c’est aussi un moyen d’autoprotection parce que si j’avais « cassé » ma routine en arrêtant de me rendre à l’entraînement et en restant chez moi toute la journée jusqu’à l’opération, je n’aurai fait qu’y penser. Et là cela aurait pu devenir vraiment difficile psychologiquement. Cela vaut pour tout dans la vie, il n’y a rien de dire que de rester seul lorsque l’on rencontre des périodes difficiles. La grosse claque, je l’ai prise après l’opération lorsque j’ai attaqué la chimiothérapie. J’ai été pas loin de lâcher, de me dire que je ne pourrais jamais revenir. Tu es dans le lit et tu as la force de ne rien faire. Seul ton cerveau fonctionne, ton corps ne suit plus. Les personnes qui ont traversé cette épreuve comprendront ce que je veux dire. Et à ce moment, tu n’as qu’une chose à faire toute la journée : réfléchir. Ce moment a été le plus difficile pour moi, mais heureusement que ma famille, les dirigeants, le coach et mes amis ont été à mes côtés pour m’aider à ne pas lâcher. Ma fille a été un moteur aussi, je ne lui ai pas dit ce qu’il m’arrivait, je préférais lui dire que j’avais une gastro lorsque j’avais des nausées à la maison. Je tenais à la préserver. Pendant ces quelques jours j’ai eu un déclic et j’ai puisé une source de motivation dans le fait que beaucoup pensait que j’étais cuit, que je ne pourrais jamais revenir. Quatre jours après la chimiothérapie, je suis revenu au stade, je voulais me faire violence. En plus c’était une période compliquée avec le changement de coach. Ça me faisait du bien d’être avec mes coéquipiers et je pense que ma présence leur apportait aussi des ondes positives.
Est-ce que cet événement à changer ton approche de ton métier ?
J’essaye de prendre le plus de plaisir possible, mais pour être honnête cela n’a pas changé grand-chose dans mon approche du métier de footballeur parce que j’ai toujours eu conscience de faire le plus beau métier du monde. Vivre de sa passion est quelque chose de rare de nos jours. Ensuite, en termes d’exigences, je suis quelqu’un de très dur avec moi-même. J’ai toujours fait en sorte de donner le maximum pour durer le plus longtemps possible. C’est mon caractère, c’est dans ma mentalité, donc je ne peux pas dire que cet événement ait influé sur ma vision de mon métier ou dans mon approche.
Et celle de ta vie ?
Juste avant d’apprendre ma maladie, on avait appris que Laetitia (ma femme) était enceinte. Vous imaginez ce que cela peut entraîner comme pensée… J’étais déjà papa, un deuxième enfant était en route pour nous rejoindre, mon rôle de père est de protéger ma famille, il est donc normal d’appréhender l’avenir lorsqu’il vous tombe ça sur la tête. Les craintes que j’avais été plus pour mes proches que pour moi-même, dans le sens où ils ont naturellement besoin de moi. Mais comme les choses se sont enchaînées très rapidement, j’ai tout de suite été dans l’action avec l’opération, la chimio et la phase de rétablissement. Et comme je suis un compétiteur, je ne pensais plus aux conséquences, mais à mener mon combat. Aujourd’hui j’ai complètement évacué cette histoire. Je n’ai pas eu besoin de ça pour me rendre compte que j’étais un homme comblé en vivant de ma passion avec une femme et des enfants que j’aime.
As-tu une idée de ce que sera l’après-football ?
J’ai commencé à passer mes diplômes d’entraîneur avec le brevet d’état et actuellement je passe le DUGOS (diplôme universitaire d’organisation sportive). Je ne sais pas ce que je ferai, mais je me dis que ces formations ne peuvent être qu’un bagage de plus. Ce qui est sûr, c’est que j’aimerai rester dans le milieu du foot parce que c’est celui que je connais le mieux et je pense pouvoir y apporter mon expérience, ma vision des choses et mon réseau. Pour autant, je ne suis fermé à rien, je sais que la vie est faite d’opportunités et j’espère que cette « seconde vie » sera aussi plaisante que l’actuelle.
Revenons au terrain, l’équipe va beaucoup mieux depuis la trêve avec un parcours quasi sans faute. Quel est ton regard sur l’évolution de la saison ?
Les choses sont pour moi très claires. On a vécu un début de saison catastrophique sur tous les plans. L’arrivée d’un nouvel entraîneur a permis de tout restructurer, il a remis de l’ordre dans le groupe à tous les niveaux. Sur un plan tactique, psychologique et physique, on était à la rue. Ce n’était pas forcément évident pour lui puisqu’il arrivait à la tête d’un groupe qu’il n’avait pas choisi, mais il a su faire adhérer tout le groupe à son projet. Si le changement n’avait pas eu lieu, je pense que l’on serait en train de lutter pour le maintien en ce moment. Il faut avoir l’intelligence de s’adapter à tous les niveaux. Je constatais dernièrement sur un site internet que sur un classement à partir de la 7e journée, nous sommes premiers avec des points d’avance. Malheureusement on en peut pas effacer le début de saison, à nous de réussir à le gommer d’ici juin.
Tu n’as plus le brassard cette saison. Comment vois-tu ton rôle dans le groupe ?
C’est Jérémy qui a cette responsabilité, je suis content pour lui parce que l’on s’entend bien et que c’est un super mec. En plus c’était vraiment mieux comme ça parce qu’avec David Guion je n’avais aucune relation, il voulait mourir avec ses idées. Pour moi, un capitaine doit être un relais du groupe avec le staff, avoir un dialogue constructif et une grande confiance, pour toutes ces raisons c’était bien qu’il choisisse quelqu’un d’autre. Cela ne m’a pas empêché de toujours tout faire dans l’intérêt du club parce que je respecte le maillot, les supporters et les dirigeants qui ont fait beaucoup depuis plusieurs années.
L’équipe a vécu beaucoup de choses cette saison entre le feuilleton de l’été, la non-qualification de certains joueurs, le changement de coach ou le match de Consolat. De l’extérieur cela donne le sentiment de vous avoir renforcé et de ne jamais avoir lâché. Quel est l’état d’esprit du vestiaire à dix journées de la fin ?
Je suis obligé de me répéter parce que parfois il faut se dire la vérité, le déclic a été le changement de coach. Au-delà de tout l’aspect sportif, on venait le matin en regardant par terre quand on se serrait la main. Il n’y avait plus de vie dans le club à tous les niveaux. Voir aujourd’hui Xavier Nielsen le Directeur Général au bord du terrain à l’entraînement ou en déplacement avec le sourire, cela fait plaisir et c’est surt out révélateur de la bonne humeur qui règne au club depuis le début d’année. Je crois beaucoup aux relations humaines et toutes les aventures sportives que j’ai vécues l’ont été avec un groupe, un club, qui vivaient et travaillaient dans une bonne ambiance. Le sourire et l’ambition sont liés. Entre l’administratif et le sportif, on n’est pas nombreux dans le club, si ce noyau avance ensemble avec une envie commune de réussir il ne pourra rien nous arriver.
Samedi c’est la réception d’Agde, une région et un club que tu connais…
Je connais très bien le coach et plusieurs joueurs avec qui j’ai été formé à Montpellier. C’est une équipe très accrocheuse à l’image de son entraîneur Thierry Villa. Il joue avec leurs moyens et parviennent à se maintenir chaque année. Pour nous c’est un tournant de la saison, il ne faut pas avoir peur de se dire les choses. Le coach nous a donné un plan de marche à suivre jusqu’à la fin de saison, à nous de le tenir pour ne pas avoir de regrets.
Après chaque rencontre, tu passes par le local du Club de Supporters « Le12e Dragon » pour partager un verre. C’est presque devenu un rituel pour toi…
Il me parait normal de respecter les supporters comme toutes les personnes qui nous accompagnent dans la vie du club, comme les bénévoles et les partenaires. Déjà l’année dernière je faisais en sorte d’aller le plus souvent possible au salon VIP après les matchs pour saluer les partenaires qui contribuent à pérenniser le club. Et quand je vois l’investissement de Roland (Garcia, président du club de supporters) pour son association, je trouve que c’est la moindre des choses d’aller boire un verre au local après les rencontres. Nous ne sommes que des Hommes, tous au même niveau. L’aventure ne peut fonctionner et être belle que si nous avançons tous ensemble. C’est le problème de beaucoup de clubs de penser qu’en mettant les moyens cela va suffire. Sur le terrain, on reste 11 contre 11 et c’est souvent avec les valeurs, le sentiment d’appartenance à un groupe, un club que l’on va parvenir à se surpasser et faire la différence.
Quelque soit la suite de l’aventure, on peut dire que tu resteras marquer au fer rouge et blanc…
J’ai eu un choix à faire avant de venir ici parce qu’il ne me restait qu’un an de contrat à Evian. J’avais le choix entre signer à Amiens ou à Cannes. Par rapport au Président Fakhri, à Olivier Miannay et à Xavier Nielsen, j’ai fait le choix de m’engager ici parce que je croyais au projet. Même si certains ne vont pas comprendre pourquoi puisque j’aurai pu évoluer en Ligue 2 avec Amiens, je ne regrette pas du tout mon choix. J’ai rencontré dans et autour du club des gens formidables. Le niveau et l’argent sont évidemment des facteurs importants à prendre en compte, mais il ne dicte pas forcément mes décisions. J’attache beaucoup d’importance à la valeur humaine. C’est important de se sentir aimé. D’ailleurs certains me disent parfois « on a l’impression que tu es là depuis 10 ans », cela me touche parce que je suis quelqu’un de passionné, qui essaye de donner le meilleur de moi-même partout où je passe. C’est donc le plus beau compliment que l’on puisse me faire, à moins que cela veuille dire qu’ils ne peuvent plus me voir en peinture (rires). Il me reste encore un an de contrat, l’aventure n’est pas terminée et j’espère vivre encore de belles choses et surtout offrir une accession à toutes ces personnes qui le méritent, des dirigeants en passant par les supporters, les salariés, les bénévoles ou les partenaires…
